mardi 20 avril 2010

Horreurs écologiques





Les dix villes les plus polluées du monde

Par Ivan du Roy (31 octobre 2006)
Bastamag

Il existe quelques endroits au monde où il ne fait vraiment pas bon vivre. Le Blacksmith Institute, une ONG environnementale basée à New York, publie la liste des dix villes les plus polluées du monde. Un véritable musée des horreurs du sacro-saint progrès industriel.

Air irrespirable, eau imbuvable, végétation décrépie... D’entrée on pense aux grandes mégapoles envahies par les voitures, entourées d’usines en tout genre, comme Mexico ou Shanghai. Il existe pire, bien pire. Prenez Zerzynsk, en Russie, une ville de 300 000 âmes, situé à 300 km à l’Est de Moscou, non loin de la Volga. L’espérance de vie d’une femme y est de 47 ans, 42 ans pour les hommes. La ville abritait un complexe militaire de fabrication d’armes chimiques où était produit un grand nombre de plaisantes substances tels les gaz sarin et VX ou le fameux gaz moutarde. Ces déchets militaro-industriels, stockés sans aucune précaution, ont contaminé cours d’eau et nappes phréatiques. La teneur en arsenic, en acides divers ou en dioxines en tout genre s’y élève à... Dix-sept millions de fois la limite acceptable ! A Norilsk, une ville industrielle de Sibérie, la neige est noire et l’air sent le souffre. Chaque année, quatre millions de tonnes de particules de cuivre, de plomb, de nickel ou de cobalt sont dispersés dans l’air respirés par les 130 000 habitants. C’est l’une des 90 villes russes interdites aux étrangers.


Les ensoleillées et touristiques caraïbes ne sont pas épargnées. Les enfants qui vivent à Bajos de Haina, près de Saint-Domingue (République dominicaine), souffrent d’une concentration de plomb dans le sang dix fois supérieure à la normale, ce qui se traduit par de graves problèmes neurologiques. Ce cadeau empoisonné a été laissé par une usine de fabrication de batteries de voitures qui, depuis, a déménagé. En Afrique, la deuxième ville de Zambie, Kabwe, connaît une pollution similaire. L’exploitation de métaux (plomb, zinc) a duré près d’un siècle et a contaminé les environs à vingt kilomètres à la ronde, menaçant 250 000 personnes. Dans la cité andine et minière de La Oroya, au Pérou, 99% des enfants de l’agglomération ont des niveaux de plomb dans le sang plus élevé que la moyenne. La végétation y a même été détruite par les pluies acides, conséquence de l’accumulation de dioxyde de souffre. La multinationale états-unienne, propriétaire du gisement minier, souhaite étendre l’exploitation... La ville chinoise de Linfen jouit d’une triste réputation : celle d’avoir l’air le plus pollué de Chine à cause de l’extraction du charbon. A Ranipetai, en Inde (Etat du Tamil Nadu), l’activité de tannerie a produit de telle quantité de chromes que l’activité agricole environnante est entravée. A chaque fois, les enfants sont les premières victimes de ces activités industrielles.


Cadeaux empoisonnés pour les générations futures

La pollution potentiellement la plus dangereuse reste celle de l’industrie nucléaire, civile et militaire. Il y a Tchernobyl bien sûr, en Ukraine, et ces milliers de cas de cancers de la thyroïde. Danger moins connu mais tout aussi menaçant : au Kirghizistan, deux millions de mètres cubes de minerai radioactif, hérités d’une usine soviétique d’enrichissement d’uranium, risquent en cas d’imprévus (tremblements de terre, glissements de terrain, coulées de boue) de répandre leurs particules radioactives dans toute la vallée qui relie le Kirghizistan, l’Ouzbékistan et le Tadjikistan. Une population de plusieurs millions de personnes vit sous cette épée de Damoclès de l’ère nucléaire.

Ces dix villes ont été sélectionnées par les universitaires et chercheurs, biologistes ou ingénieurs, de l’ONG Blacksmith Institute parmi une liste de trente-cinq sites extrêmement pollués. Outre la Russie et les ex-républiques soviétiques, ce sont principalement les pays du Sud, dont l’Inde, qui sont principalement concernés. La seule ville de l’Union européenne nominée pour ce sombre palmarès est une banlieue de Prague, Spolana, en République tchèque. Dans les années 60, une usine chimique y produisait des herbicides. Du DDT, du benzène, et d’autres substances toxiques sont toujours présentes dans le sous-sol. Tous ces sympathiques endroits doivent-ils être considérés comme de terribles erreurs d’un passé industriel révolu ? Pas sûr. La pénurie de matières premières risque de multiplier les lieux d’extraction et les pollutions qui les accompagnent. L’énergie nucléaire est perçue comme un substitut possible au pétrole face à l’assèchement des ressources en hydrocarbures. Le projet « Reach » (« enRegistrement, Evaluation et Autorisation des substances Chimiques »), développé au sein de l’Union européenne, qui a pour but de réglementer l’utilisation de centaines de milliers de produits chimiques dans l’industrie, a bien du mal à s’imposer face aux logiques de rentabilité. Ces dix cités maudites augurent-elles alors du paysage de demain dans de nombreux pays du sud ? Une morbide perspective à laquelle s’ajouteront les conséquences du réchauffement climatique.

Ivan du Roy


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